VISITE PAR DRONE DU

CHÂTEAU

DE MENTHON

ST. BERNARD

© Drone Média Concept (Léo Mammone)

& Imagine par Arnaud Lesueur

LE CHÂTEAU

Lové dans un parc profond, le Château de Menthon n'est pas seulement l'un des joyaux architecturaux savoyards. Il est resté par delà les siècles une demeure bien vivante, toujours occupée par la même famille depuis bientôt 1000 ans.

Véritable rempart naturel, les Alpes furent de tous temps sillonnées de passages stratégiques. Si l'on retrouve encore à proximité du Château de Menthon les traces d'une ancienne voie romaine qui reliait Genève à l'Italie et qui passait notamment par Dingy-Saint-Clair, Menthon et Faverges, ce n'est peut-être pas tout à fait un hasard. D'origine celtique, le nom de "Menthon" signifie "maison sur le rocher" et une tour de guet en bois a d'abord du être érigée en lieu et place du château actuel pour surveiller les allers et venues sur la route ainsi que la navigation sur le lac d'Annecy.

Bâti sur un éperon rocheux, le Château de Menthon est donc le fruit d'une longue histoire… qui commence à la fin du XIIème siècle. A l'origine, il y avait trois hautes tours carrées : la tour du lac qui surplombe le lac, le village et la route Annecy-Faverges ; le donjon qui regarde vers le passage de la vallée des Aravis ; la tour des armes qui veille sur le col de Bluffy et les Dents de Lanfon. Reliées par des chemins de ronde, elles abritaient une grande cour où les villageois trouvaient refuge lors des périodes troublées.

Au cours de la Renaissance, l'austère château fort se transforme peu à peu en lieu d'habitation et des appartements sont construits à la place des anciens chemins de ronde. En 1740, une façade sort de terre, ouvrant un vis à vis avec le lac. C'est fort d'une stabilité exemplaire que le château amorce sa grande métamorphose en 1880, sous l'impulsion de l'arrière grand-père du propriétaire actuel, René de Menthon. Artiste dans l'âme, poète et rêveur, l'homme ne se contenta pas d'être un contemporain de Viollet-le-Duc, il fut également totalement acquis à la cause du célèbre architecte qui restaura plusieurs ensembles de l'époque médiévale. Il entreprend donc d'importants travaux de rénovation et en décidant d'adjoindre plusieurs tourelles fines et élancées au bâtiment, c'est lui qui donne le trait final au tableau : le château de Menthon acquiert un visage nouveau empreint de cette subtilité toute romantique qui fait son charme voire son mystère… Au point qu'un certain Walt Disney, en villégiature dans la région, s'en inspirera pour un autre château tout aussi photogénique, celui de la Belle au Dormant ! Bien à l'abri des regards derrière leurs murs hauts et massifs, les pièces intérieures n'ont que très peu changé. Elles constituent un témoignage précieux sur ce qu'a pu être la vie dans un château fort savoyard petit à petit transformé en une riche demeure seigneuriale.

Château de Menthon-Saint-Bernard, © Drone Média Concept & Imagine par Arnaud Lesueur (2017)

© Drone Média Concept & Imagine par Arnaud Lesueur (2017)

Armoiries de famille de Menthon

LA FAMILLE

L'UNE DES CINQ GRANDES MAISONS DU GENEVOIS

"Si j'excepte les maisons souveraines de Savoie, Genevois et Faucigny, aucune famille dans le Duché ni dans le Comté de Genevois ne peut prouver comme Menthon une puissance féodale plus considérable au XIIIème siècle"… Ainsi parlait Amédée de Foras, historien et héraldiste spécialiste de la Savoie à propos des Menthon.

Famille noble d'extraction chevaleresque, les premiers membres de la famille de Menthon seraient d'abord arrivés de la Bourgogne et, si l'on remonte avec certitude en 1190 jusqu'à un certain Jean de Menthon, on peut néanmoins considérer qu'elle avait déjà acquis une puissance certaine avant l'An 1000. C'est à la faveur d'une natalité exceptionnelle – plus particulièrement au cours des XIIIème et XIVème siècle –, que les Menthon assoient durablement leur influence. Ainsi, en dehors de la branche aînée, la famille comptera plusieurs autres branches : les Menthon-Dingy, les Menthon du Marest, les Menthon-la-Balme, les Menthon-Beaumont-Montrottier, les Menthon-Lornay, les Menthon d'Aviernoz…

Au cours des siècles, de nombreux Menthon ont joué un rôle important dans le Comté de Genève d'abord, le Duché de Savoie ensuite et enfin la France. Citons, entre autre, Henri de Menthon grand bailli du pays de Vaud, Nicod de Menthon, gouverneur de Nice et amiral de la flotte envoyée par le Concile de Bâle à Constantinople, Bernard VI de Menthon, qui en 1613 lors de sa nomination comme colonel du régiment d'Annecy fit don d'un "grand pré que l'on appelle Pâquier" aux jeunes membres de la compagnie des chevaliers tireurs pour leur entraînement. Et plus près de nous, François de Menthon, oncle des propriétaires actuels, l'un des fondateurs de la Résistance française, compagnon de la Libération, ministre de la Justice du Général de Gaulle, procureur français au Tribunal militaire de Nuremberg et premier Président du Conseil de l'Europe, après avoir activement participé à la création de l'Europe. Son fils Olivier de Menthon (1935-2016), bâtisseur dans l’âme, mena une importante campagne de restauration du domaine (toitures, esplanade, salle de réception...) pour lui donner son aspect actuel.

PATRON DES HABITANTS DES MONTAGNES

Si l'on connaît avec certitude l'existence en 1190 d'un seigneur de Menthon, la famille a du habiter l'endroit bien avant, puisque Saint-Bernard de Menthon y serait né en 1008, d'après la tradition. Le château renferme de nombreuses représentations de Saint-Bernard ainsi qu'un oratoire aménagé en 1820.

Parmi les 12 000 ouvrages de la bibliothèque du Château de Menthon, un texte raconte la légende de Saint-Bernard de Menthon. Bernard, qui fut très tôt attiré par la vie religieuse, n'en était pas moins destiné par ses parents à épouser une riche et noble héritière, Marguerite de Miolans. L'histoire raconte que la veille de son mariage, alors qu'on l'avait enfermé, Saint-Nicolas lui apparut et lui dit "Jette-toi par la fenêtre, des anges te retiendront". Les barreaux se plièrent, et Bernard sauta pour rejoindre Aoste où il devint archidiacre.

Alors qu'il était témoin des dangers de la montagne, Bernard devient l'homme qui délivre les cols alpins afin de les rendre sûrs. Il faut dire que les zones de haute montagne furent de tous temps des lieux de passages fréquentés. Afin de permettre aux voyageurs d'échapper aux pillages, et parfois même à la mort puisqu'il n'était pas rare de s'égarer en chemin, il fonda les hospices du Grand Saint-Bernard sur l'ancien Col du Mont-Joux – entre Martigny dans le Valais suisse et le Val d'Aoste – ainsi que les hospices du Petit Saint-Bernard – entre la Tarentaise et le Val d'Aoste –. Le développement du commerce et des pèlerinages en sera par la suite grandement favorisé. Soldat de la charité, homme de courage, Saint-Bernard aura consacré son existence à une double mission d'hospitalité et de louange. Un esprit d'accueil toujours entretenu par les chanoines de la congrégation du Grand Saint-Bernard également engagés dans des œuvres missionnaires à Taïwan.

Saint-Bernard, qui est fêté le 15 juin, a donné son nom aux célèbres chiens sauveteurs utilisés du XVème au XVIIIème siècle par les chanoines pour secourir les voyageurs perdus dans la neige et les tempêtes. La devise de ces derniers : "Noblesse, dévouement, sacrifice".

René de Menthon (1833-1917)

Discours de François de Menthon - Procès de Nuremberg (1946)

Saint-Bernard de Menthon (1008-1081), Portrait sur bois du XVe siècle

Saint-Bernard de Menthon (1008-1081)